Intervention du Comité lors de conférence : Comment faire face aux expulsions forcées des terres et du logementLieu: du 4 au 7 Février 2010A Istanbul, Turquie

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Mesdames, Messieurs,                               
Au nom du Comité de solidarité avec les paysans de la réforme agraire en Egypte, je vous salue. Je remercie les organisateurs de la Conférence de nous avoir invités à y participer. Je remercie également le peuple de Turquie d’accueillir la Conférence et ses participants. J’ai l’honneur de présenter les réflexions du Comité et j’espère que cette contribution apportera un éclairage utile à cette conférence. 


Le titre de la conférence qui se tient actuellement à Istanbul est « La résistance aux mesures d’expulsion de terrains et de logements », alors que le titre initial  de la Conférence sur l’environnement, qui s’est déroulée à Copenhague, il y a deux mois (en décembre 2009) était « La résistance à l’expulsion de la vie ». La ressemblance entre ces deux titres provient du fait que l’on
retrouve la même équation   dans ces deux conférences.

 Autrement dit, d’un côté :

- il y a les sociétés mutinationales qui sont les institutions qui travaillent dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture, du commerce et de la Finance ainsi que les institutions des Etats qui les soutiennent et collaborent avec elles sur toute la surface du globe.

- Le second côté, c’est la population en général et les pauvres en particulier. Et, eux aussi, sur toute la surface du globe.


Nous nous attacherons à rendre clair que la mondialisation dans cette équation (dans les deux cas d’Istanbul et Copenhague) est effective, efficace et organisée pour la première partie, en tant qu’Acteur, alors qu’elle est absente pour la deuxième partie, c’est-à-dire pour la Résistance. 

Ainsi, en préambule et avant d’entrer dans les détails, nous voudrions rappeler que la bataille dans le Nord et le Sud est la même, parce que l’ennemi est le même dans les deux cas : ce sont les grandes sociétés multinationales et les institutions d’États les soutenant et coopérant avec elles. 


Il ne suffit pas de parler dans cette affaire. Il est devenu nécessaire de commencer à élaborer des programmes, des mécanismes et des mesures pratiques pour la résistance. C’est le vrai objectif qui nous unit.

 Pour commencer il faut donner un aperçu de la situation géographique et démographique de la société égyptienne:

 
- La surface de l’Egypte est de un million de kilomètres carrés et sa population vit sur 4% de la surface ; le reste est un désert.

 
- Et par conséquent, la part de terres agricoles par habitant ne dépasse pas 350 mètres carrés. Parce que la superficie des terres agricoles est de 6,4 millions de fedans (environ 3 millions d’hectares), tandis que la population est de 78 millions de personnes. Aujourd’hui l’Égypte est devenue l’un des plus grands importateurs de blé et de nourriture dans le monde.

 
- D’où on estime que la disparition des terres agricoles en d’Égypte sera effective d’ici 50 à 60 ans. Parce que la population augmente d’un million de personnes chaque année. Et qu’il faut déduire pour des travaux de construction entre 60 à 70 mille fedans par an, alors que le taux d’augmentation des terres asséchées est négligeable.


- Il faut ajouter que les agriculteurs construisent leurs maisons sur leurs terres agricoles et celui qui perd sa terre, il perd sa maison.


- En plus, en Egypte, l’indemnité de chômage est inexistante et, par conséquent, celui qui va perdre son emploi, ou travailler à la ville, perdra sa maison.

 
Afin de clarifier l’image, ajoutons encore :

 
- En Egypte, les terres agricoles appartenaient au gouverneur et à sa famille depuis les temps les plus reculés et cet état de fait s’est prolongé jusqu’à la fin du XIXe siècle. C’est-à-dire qu’à partir de 1880 commença, progressivement, la distribution de la terre aux riverains de la famille dirigeante.


- En 1952, la révolution de l’armée a eu lieu et son chef, Gamal Abdel Nasser, a décrêté une loi de réforme agraire. En vertu de cette loi, de grands propriétaires féodaux ont été dépossédés d’au moins un million de fedans. Cela représentait, à l’époque, environ 20% de la superficie des terres agricoles.


- une deuxième mesure importante a été prise par deux lois, en 1957 et en 1962. Avec ces lois, l’Etat a mis la main sur un type spécifique de propriété appelé "Waqf", c’est-à-dire les terres données par certains grands propriétaires pour que les revenus tirés de l’exploitation de terres soient affectés à des actes de charité – entretien des mosquées, aide aux orphelins et aux pauvres et soins des malades. Ces deux lois ont eu pour effet de transférer la propriété de ces terres à l’organisme qui gère la réforme agraire, afin qu’elles soient distribués aux paysans sans terre de deux manières : soit comme une propriété, soit en location. 

Ainsi, les terres agricoles en Égypte à l’époque étaient réparties entre les catégories suivantes : 

1 – les grands propriétaires terriens dont un grand nombre ont échappé à l’application de la loi de réforme agraire. 
2 – les moyens et petits propriétaires. 
3 – les paysans pauvres qui n’ont pas bénéficié de la loi de réforme agraire. 
4 – les paysans pauvres qui ont bénéficié de la loi de réforme agraire, et ont pu acheter ou louer le terrain.
5 – les agriculteurs pauvres qui louent des terres à la charité "Waqf". 

En résumé, voici la situation en Egypte, cinquante ans après la Révolution de l’Armée (2000) :

- Les producteurs de plus de 20 fedans, représentent 1,2% du nombre de producteurs et ils cultivent 25% de la superficie des terres.

- Les producteurs de 5 à 20 fedans, représentent 8,8% du nombre de producteurs et ils cultivent 28% de la superficie des terres.

 

- Les agriculteurs de moins de 5 fedans, représentent 90% du nombre de producteurs et ils cultivent 47% de la superficie des terres. 

Il est donc clair que le mode de production, pour 75% des terres agricoles et près de 99% des agriculteurs, est celui de la petite propriété. Tandis que le modèle de production pour 25% des terres est un modèle de production de masse et il concerne 1,2% des agriculteurs. 

Après la mort de Nasser en 1970, Sadate a pris le pouvoir. Et dès lors a commencé une politique qui constitue un recul par rapport aux politiques antérieures de lois et procédures en faveur des pauvres. Ainsi, le Parlement (qui a été formé lors d’élections truquées) a adopté plusieurs lois qui ont affecté les jeunes et les paysans pauvres et également la production agricole.

 
1 – Fin de la mise sous séquestre (intervenue lors de la réforme agraire) d’au moins 30% des terres qui ont ainsi été rendues aux grands propriétaires terriens.


2 – Suppression des subventions sur les intrants agricoles (semences, engrais, pesticides, alimentation animale, vaccins et machines).


3 – Augmentation du loyer des terres agricoles (multiplié de 6 à 8 fois par rapport à la valeur précédente) et limitation de la durée du bail.


4 – Augmentation des taux d’intérêt sur les prêts agricoles qui sont passés de 4% à 16%.


5 – Annulation d’un certain nombre de lois agricoles importantes ou modifications consitant à les vider de leur contenu.

 
6 – Elimination complète de la principale culture d’Egypte : le coton à longues fibres.


7 – Monopolisation par le secteur privé et l’État du commerce des produits agricoles et achat de leurs récoltes aux paysans à des tarifs inférieurs aux coûts de production et inférieurs aux prix du marché mondial.


8 – Mise en place de «  tribunaux d’éthique » par l’État qui nomme la moitié de leurs membres (en dehors des juges) afin d’arbitrer les procès qui visent à expulser les paysans des terres qu’ils ont obtenues de la réforme agraire – que ce soit en tant que propriétaires ou comme locataires.

 
Toutes ces lois ont joué un rôle clé dans l’expulsion des paysans de leurs terres et leurs maisons.


D’autre part, l’Etat a promulgué une nouvelle loi pour le logement locatif dans les villes, qui détermine la période de location. Cette loi a contribué à la hausse folle des loyers et étouffe les citadins pauvres. 

Comment l’expulsion des paysans de la terre est-elle pratiquée ? 

1 – En refusant aux agriculteurs l’accès aux contrats des terres qu’ils ont achetées à l’organisme de la réforme agraire, et en falsifiant les documents prouvant qu’ils ont payé le prix et qu’ils ont le droit. (Cela s’est passé dans toutes les provinces agricoles qui ont appliqué la loi de réforme agraire.)


2 – Par le soutien apporté par l’État et par l’organisme de la réforme agraire aux grands propriétaires terriens féodaux et à leurs héritiers, afin que les jugements, sans morale,
des « tribunaux d’éthique » ou des tribunaux administratifs leur permette de récupérer les terres confisquées ou placés sous séquestre. (Cela s’est produit dans tous les gouvernorats de l’agriculture.)


3 – Par la complicité de l’État, de l’organisme de la réforme agraire et des forces de l’ordre dans l’exécution des jugements frauduleux. (Gouvernorat de Dakahlia).

 
4 – Par la violation du droit en et obligeant les agriculteurs à quitter leur terre par la force. (Gouvernorat El Bahera). Et il faut ajouter à cela l’expulsion de centaines de milliers de paysans de leurs terres louées en 1997, lors de l’application des nouvelles lois sur les loyers. (Dans toutes les provinces.)


5 – Beaucoup de paysans locataires de terres gérées par l’organisme de la réforme agraire et le Waqf ont été expulsés et leurs terres ont été vendues à des sociétés gérant des logements destinés aux agents de police, aux juges, aux hommes d’affaires, aux grands propriétaires agricoles, ainsi qu’à d’anciens dirigeants politiques. (Dans les provinces de Gharbia,  d’Alexandrie et Dakahlia.) 

L’Etat a eu recours à toutes sortes menaces, pressions et violences, exercées par la police et par des milices, à l’encontre des paysans refusant de se laisser déposséder de leurs terres. Voici quelques exemples de ces exactions :

Cela s’est produit dans l’arrondissement de Mamoura, à l’est d’Alexandrie, le 23 septembre 2009 où un chef de file des agriculteurs fut assassiné pour avoir refusé de céder à la menace et de quitter sa terre.

 
Cette violence s’est également exercée à l’encontre de paysans, propriétaires de terres amendées de vieille date, ou récemment mises en valeur. (Ameriya, au sud d’Alexandrie et région de Hamam à Matrouh.)


Elle touche aussi les Bédouins propriétaires du terrain qu’ils ont acheté ou qui leur appartient par l’exploitation de fait pendant au moins cent ans. Et ces derniers sont aux prises avec les organes de l’Etat (région du Burj Al Arab, au sud d’Alexandrie.)

Pourquoi les agriculteurs ne peuvent-ils pas, dans de nombreux cas, résister à leur expulsion de la terre ?  Pour 6 grandes raisons : 

1 – Le manque de conscience politique et syndicale des agriculteurs.

 
2 – Leur extrême pauvreté les prive de leur capacité à poursuivre leurs adversaires dans les cours de justice et les postes de police.


3 – La loi interdit aux agriculteurs de constituer des syndicats, des fédérations ou des associations qui leur permettraient d’élever leur niveau de conscience sociale et d’unir leurs revendications pour défendre leurs droits et avoir un poids dans la société.


4 – L’Etat et la sécurité exercent une véritable « chasse à l’homme » à l’encontre des militants solidaires avec les paysans : fabriquant des procès falsifiés pour les juger ; mettant en place une politique de surveillance, de diffamation et de sanctions administratives (transferts de leurs postes de travail).


5 – La faiblesse ou l’absence de soutien des paysans égyptiens, de la part des organisations paysannes agricoles internationales et des organisations internationales des droits de l’homme.

 
6 – Les charges excessives pesant sur les agriculteurs devant subir des coûts de production très élevés, tandis que le prix des récoltes reste très bas, les contraig
nent à abandonner l’agriculture et à vendre leurs terres aux grands propriétaires.
 

Dans nombre de régimes au pouvoir dans les pays pauvres, le contrôle du peuple passe par des lois d’urgence, et la mise en œuvre des instructions des Etats dominants et des institutions comme la Banque mondiale et le FMI. Cela a créé un climat propice à la  présence des compagnies multinationales dans le domaine de la production et la commercialisation des intrants agricoles (semences, engrais, pesticides, aliments, vaccins et machines agricoles, etc…) qui peuvent ainsi imposer leur vues en matière d’agriculture.

 
En bref, pour ces compagnies, le modèle de production agricole de petites exploitations rurales prévalant en l’Egypte, est un obstacle à l’imposition d’un contrôle total du marché. Elles travaillent donc à éliminer ce modèle et cela se traduit comme suit :

 
1 – Des règlements et des lois édictés par le gouvernement qui ont pour effet d’éloigner la grande majorité des agriculteurs pauvres et des petits exploitants des terres agricoles. (Le Ministère de l’Agriculture a publié en juin 2007, des instructions écrites contraires à la loi, selon lesquelles les personnes disposant de 3 fedans ou moins ne sont pas des agriculteurs, mais des travailleurs agricoles). Cela concerne 75% des agriculteurs et c’est parmi eux que se concentrent les groupes résistant au régime au pouvoir dans le domaine de l’agriculture et s’opposant à l’expulsion de la terre.

 
2 – L’empêchement pour les agriculteurs pauvres et les petits exploitants de se fournir en produits nécessaires à la production agricole dans les coopératives agricoles car, en violation de la loi, la terre est enregistrée au nom des grands propriétaires et non pas des producteurs directs.

 
3 – Les mesures et la politique défavorables aux paysans égyptiens, décrites précédemment, ont pour conséquence de favoriser le remplacement des petites exploitations par une agriculture intensive, favorable aux grands propriétaires et aux multinationales.

Et donc, comme conséquence de remplir les rues de sans-abris, de criminels, d’activistes de droite et de groupes armés. Et enfin, de mettre la communauté à la merci des compagnies, sans oublier le préjudice causé à la diversité biologique et à l’équilibre écologique.


Il est donc essentiel de reconnaître que notre bataille doit porter contre les grandes sociétés de globalisation et les forces qui les inspirent. C’est la même bataille, au Nord comme au Sud, et nous devons travailler ensemble et ne pas nous contenter de parler de ce combat. Au contraire, il faut maintenant commencer à s’unir pour lutter contre elles, et travailler pour aider les paysans du Sud, en particulier, à résister à la bataille. La faillite des paysans du Sud serait immédiatement et directement répercutée au Nord dans des batailles de paysans avec ces sociétés. Il est primordial d’arriver à monter un programme d’action pratique. Afin de ne pas avoir à répéter ce que nous avons dit aujourd’hui, la prochaine fois, lorsque nous nous réunirons.

Avec mes sincères remerciements et notre reconnaissance. 

Février 2010 

Comité email: 

[email protected] 

Web site: 

www.tadamon.katib.org